Les prisons sénégalaises : un mouroir !

Article : Les prisons sénégalaises : un mouroir !
16 décembre 2013

Les prisons sénégalaises : un mouroir !

Crédits photo : lifixew.com
Crédits photo : lifixew.com

J’ai une tribune pour m’exprimer, des choses qui m’interpellent et une modeste plume, alors pourquoi me taire ?

Tout dernièrement, les journaux ont encore parlé des prisons. De la plus célèbre, Rebeuss. Rebeuss la terrible. Pas de Karim Wade ou des politicards supposés voleurs qui y croupissent. Mais d’un jeune qui y est mort, et, selon le certificat de genre de mort, c’est loin d’être de manière naturelle. Il serait mort par strangulation et avait plusieurs « plaies contuses » sur différentes parties de son corps. Digression : voilà une information qu’on ne verra pas au J.T. de la chaîne nationale.

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Bref, ou, plutôt, hélas, est-ce une chose nouvelle ?

Tout le monde le sait, mais ne le dit jamais : dans les prisons sénégalaises, on meurt comme des mouches. Les matons tuent, la tuberculose tue, d’autres maladies aussi tuent, les codétenus tuent et j’en passe. Rares sont les prisonniers condamnés à de longues peines qui en voient le bout. Soit ils meurent en prison, soit ils sortent mourants pour… mourir dehors. Et soigner les statistiques.

Seuls les nantis sortent du lot, comme toujours. Incarcérés, ils vivent à part, loin des chambres « populeuses » (le fameux « paketass *») où s’entassent ceux qui n’ont pour capital que leur vie.

Source : Page Facebook de Simon (Y en a marre)
Source : Page Facebook de Simon (Y en a marre)

La faute à qui ? A une société qui n’a aucun égard pour ceux qui ont la malchance de se retrouver derrière les barreaux. Et qui s’en fout royalement de ce qui peut leur arriver. Tant que cela n’arrive pas à un proche.

Mais, comme dit plus haut, dans une société où l’on court toujours après l’argent, il y a détenu et détenu.

Ceux qui y sont à cause « d’un coup du sort », qui n’y sont pas à leur place, peu importe le délit ou le crime commis, et qui n’y restent jamais longtemps. Et qui en sortiront comme s’ils venaient de passer un peu de temps à l’hôtel.

Et les autres (décidément, ces temps-ci, j’aime ces trois mots), ceux qui y sont parce que là est leur vraie place, qui y retourneront tôt ou tard, car, dehors, personne ne veut d’eux, pas même leurs parents. Car, pour la société, ils n’existent plus; et la réinsertion étant quasi inexistante, ne sachant ou ne pouvant rien faire, ils n’ont d’autre endroit où aller que la rue – la  rue, le plus court chemin qui mène vers la prison. Ainsi, dans certains quartiers, ceux qui ont déjà fait de la prison ont huit chances (???) sur dix d’y retourner.

Y a-t-il une solution, en fin de compte ? Peut-être ! Espérer (hélas ! juste espérer) que les mentalités changent et que la société cesse de percevoir la prison comme un point de non-retour, un purgatoire pour âmes perdues. Car la volonté politique faisant cruellement défaut, rien d’autre, à mon avis, ne peut influer sur la courbe des choses. Les nouvelles prisons n’y feront rien – Le Sénégal indépendant n’a jamais construit de prisons, toutes datent du temps des colons (ce qui veut tout dire) – si l’on n’attaque pas le mal à la racine. Car ne sont victimes de ces sévices, la plupart du temps, que les prisonniers dont personne ne se préoccupe.

Et Dieu sait que les politiques savent ce qu’est la prison. La plupart y ont séjourné, à la suite d’un différend avec le maître du moment ou pour un détournement, réel ou supposé. Mais les politiques étant dans la classe des nantis, des « réseautés », pour eux, c’est juste un bon point pour le c.v., une preuve de constance, d’engagement ou de loyauté à des idéaux ou un parti.

Mais si la prison n’était que cela pour tout le monde : une étape – surmontée – dans une vie. Si seulement elle n’était que cela !

 

Paketass ; vient du français paquet, désigne la façon inhumaine dont les détenus sont parqués dans des chambres minuscules par centaines ( voir la photo)

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Commentaires

Marine
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Je ne connaissais pas ce terme de "paketass" ni que ce qu'il désigne existait... Merci d'ouvrir mes yeux.

Khadim
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De rien je n'ai fait que parler d'une chose qui m'attriste, des conditions inhumaines et qui n'interpellent personne !

otibou
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c triste.la lecture du certificat de décès m'a fait froid dans le dos!!

Khadim
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Comme tu l'as dit c'est triste merci d'être passé